Organisateurs:
Manuel Zacklad (CNAM — DICEN-IdF)
Yann Aucompte (DNMADe Graphisme, Lycée Vernant, Sèvres / CNAM — DICEN-IdF)
Le design graphique n’a eu de cesse de tenter de se définir : pour être reconnu mais aussi pour mieux garantir ce qu’est un bon graphisme. Souvent victime de son assimilation à un stylisme ou à une forme d’illustration, le design graphique s’est emparé des contenus avec le graphisme d’auteur dans les années 1970-80 en France et la déconstruction-vernaculaire dans les années 1990 dans la sphère anglo-saxonne. Ces “graphismes d’auteur” ont tenté une conversion éthique de la pratique : rappelant les effets du graphisme sur les subjectivités et les libertés individuelles. En résistance, la tradition moderniste a mobilisé la notion de design d’information adossé à la fonction d’architecte d’information.
Le design est dans la grande famille des designs celui qui a certainement pris en charge la question des productions de masse depuis le plus longtemps. Le design graphique est en ce sens le plus anciens des designs : il est le prototype de la production en série dont la division du travail est clairement rationalisée dès les scriptoria médiévaux, pour certains historiens c’est les Akkadiens qui déjà produisent en série des textes, ou les esclaves romains qui recopient des feuillets d’information — mais c’est aussi la première forme d’industrie avec l’essor de l’imprimerie à la Renaissance.
Si il nous faut prendre ici une perspective historique longue ; nous pouvons dire avec James C. Scott que les sociétés occidentales sont fondées pour partie sur un design des inscriptions : l’écriture est le moyen d’un design anthropologique, au sens d’Arturo Escobar. À partir de de constat, plutôt que de nous tourner sur ce qui fait du design graphique un design nous chercherons à éclairer ses spécificités. Nous prendrons pour point commun entre toutes ces préoccupations les inscriptions. Pour cela nous interrogerons la pratique d’un design des inscriptions au-delà des limites instituées de la discipline du design graphique.
Qu’entendrait alors de penser l’histoire et l’avenir de ces métiers, pratiques et disciplines à l’aune de ce terme ? Quelles sont les limites et les bénéfices de cet angle d’analyse ? Pourquoi préférer ce terme à d’autres : design de communication, design d’expérience visuelle, design d’expérience de lecture, design de l’information, design des données, etc. Dans la notion d’inscription s’entend un geste anthropologique qui lie ensemble contenu et forme, fonctions sociale et culturelle, spiritualité et administration, droit et poésie, etc.
Dans les sciences de l’information et de la communication, la question des traces, des écrits et des documents demeure centrale. Depuis les études médiatiques inaugurées par McLuhan, pour qui « le médium est le message », jusqu’aux travaux de Buckland sur la théorie du « document comme chose » (information as a thing), les liens entre les textes et leur inscription matérielle, les contenus et les dispositifs, constituent un champ d’investigation privilégié.
En cherchant à en proposer une synthèse, Zacklad définit le design de l’information comme un domaine articulant trois dimensions complémentaires : la textualisation, entendue comme la production d’un « contenu » artificiellement détaché, la documentarisation, c’est-à-dire l’ancrage de ce contenu sur des supports matériels et organisationnels et l’auctorialisation, comprise comme la production d’identité et d’autorité à travers le texte et le document.
Dans cette perspective, la documentarisation peut être interprétée comme un design d’inscription à l’échelle globale, celle du document dans son ensemble : elle concerne son architecture, son organisation interne, ses dispositifs de structuration, ainsi que les choix qui stabilisent l’inscription dans un support donné et configurent ses conditions de circulation.
Mais à une échelle locale, plus fine – celle de la phrase, du schéma, de la figuration, du mot ou même de la lettre – il est plus pertinent de parler d’inscriptivité et de design d’inscription au sens typographique et graphique. Il s’agit alors du travail formel sur les signes eux-mêmes, leur matérialité, leur mise en forme et leur lisibilité. À cette échelle, le design d’inscription constitue une composante spécifique du design de l’information intervenant directement dans la configuration sensible et perceptive des unités sémiotiques.
À cette échelle spécifique, le design d’inscription rappelle sans cesse l’ancrage sensible du symbole, la manière dont la signification ne peut jamais s’émanciper de la matérialité du signe, de l’objet immédiat au sens de Peirce. Enfin, le design d’inscription relève également d’un projet de valorisation et d’enrichissement du sens au service des commanditaires : marques, institutions publiques ou privées, mouvements citoyens ou artistiques. À travers les typographies, les logos et les manières d’habiter les espaces d’écriture et de figuration mais aussi potentiellement ses traductions sonores, il vise à démultiplier les formes de signification en revendiquant l’indétermination et l’équivocité, à entrecroiser les médiations et les prises, afin de susciter des interprétations plurielles et de diversifier les audiences.
PROGRAMME
Introduction de la journée
9 h 30 — Manuel Zacklad
(CNAM — DICEN-IdF)
Documentarisation versus inscriptivité : une question d’échelle ?
09 h 50 — Yann Aucompte
(DNMADE Graphisme E.N. — CNAM-DICEN-IdF)
Faiblesse et omniprésence du design graphique : puissance publique des inscriptions
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Inscriptions et monde numérique
10 h 30 — Vivien Philizot (UNISTRA — ACCRA)
Vous avez bien reçu mon PDF ?
Inscriptions, documents et infrastructures en milieu tempéré
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11 h 00 — Pause
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11 h 15 — Fabrice Sabatier
(ESAC — Désorceler la finance)
Positionnements et inscriptions dans le data design
11 h 45 — Étienne Armand Amato
(Université Gustave Eiffel, IFIS/DICEN-IdF)
Analyse comparative des “designs d’existence médiatique” : graphie des corps, signes et traces.
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Pause Déjeuner
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Inscriptions et communautés
13 h 30 — Sophie Pène (CNAM — DICEN IdF)
La typographie dans les luttes contemporaines. Place de l’inscrit dans les humanités écologiques.
14 h 00 — Table-ronde
Au-delà des Surfaces d’inscription, ou en deçà ?
> Modération Jean-Claude Paillasson (ESADSE IRD)
. Lionel Lavarec (Hermès La Revue – CNRS)
. Délia Préteux (ANRT)
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14 h 45 — Pause
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Inscriptions et organisations
15 h 00 — Pierre Lévy (CNAM — DICEN-IdF)
L’inscription comme moyen de réflexion et de dialogue : cas des Pratiques Transformatives.
15 h 30 — David Bihanic (Université Paris I — Acte)
« Contre-écriture » des données
16 h 00 — Charles Gauthier (EBABX)
Homo Pictor : considérations iconologiques et anthropologiques
16 h 30 — Roberto Barbanti (TEAMeD-AIAC — Arts Écologies Transitions)
Le nouveau stade historique de l’écriture : l’esthétique sonore de l’IA (titre provisoire)